Les médiatiques de l’audiovisuel public voudraient commémorer Mai 68.
Sans même se douter de la contradiction, ils prétendent à la fois se différencier radicalement de leurs prédécesseurs et en avoir hérité des archives d’un intérêt indépassable.
D’où l’improbable initiative de l’institut national de l’audiovisuel rassemblant sur un DVD et un site une série fallacieuse d’images intitulée ” Mai 68, la révolution en images “.
La bouffonnerie est apparue dès le 22 mars, ces fonctionnaires de la commémoration qui se piquent d’histoire ayant décidé de faire débuter ce jour là les ” événements “. Les différentes voix de la France en 2008, sous leurs espèces télévisuelle, ou radiophonique, ont donc sans vergogne présenté au public des documents d’une rare authenticité, accompagnés de très éclairants témoignages ou commentaires.
Il y a une histoire de piscine, une algarade avec un ministre, la résidence des étudiantes de Nanterre envahie par les étudiants, une banque américaine attaquée, Anglade emprisonné, une manifestation pour Anglade, à moins que ce soit pour la piscine, ou la liberté sexuelle, une manifestation contre la guerre du Vietnam, quelle idée, à moins que ce ne soit pour la piscine, (voir plus haut), Cohn Bendit dans toutes ces occurrences et dans quelques autres, et un mouvement qui portait très opportunément le nom de cette date : 22 mars 1968, bien que les événements évoqués dans les pseudo reportages regroupés pour fabriquer la fallace, s’étaient aussi bien déroulés en 1967, en janvier, février ou mai 68, à Nanterre, gare de Lyon, rue de Courcelles, ou sur les grands boulevards .
A vrai dire le spectateur était privé de la connaissance historique la plus élémentaire : s’était-il passé quelque chose le 22 mars 68, et ce quelque chose avait-il un quelconque rapport avec le mouvement ? ou bien la création du mouvement était elle la chose même, ses créateurs ayant décidé de l’appeler ainsi pour une raison demeurée obscure, ou simplement parce que c’était la date?
La réponse n’est pas dans les archives audiovisuelles. D’ailleurs il n’y a pas d’archives audiovisuelles.
Le 22 mars 1968, les médias de la société du spectacle n’ont rien su enregistrer de sa critique, et ils ne le savent pas plus en mars 2008.
Ils ne disposent donc de rien qui puisse s’apparenter même vaguement à une ” archive audiovisuelle “, comme on le vérifiera en écoutant l’impossible Elkabach, le 22 ou le 23 mars 68.
Petites gens du spectacle, vous n’avez pas mis la révolution en images.
Vous n’avez rien pu archiver que votre inexistence.
22 mars 1968, silence radio d’Elkabach
La photo en tête provient du site de la préfecture de police
