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Critique de la misère : les albums de Chris Ware sont un des réquisitoires les plus réussis contre le pseudo narcissisme et l’esprit de troupeau.

Voici un échantillon de ses textes, extrait de la série Acmé Novelty Library Book.

Des Choses qui en Imitent d’Autres
Un SUCCES JAMAIS DEMENTI. Une Blague Sans Pitié.
Ca y est, les gars, le voilà. Le dernier plan. C’est partout-ouvrez les yeux. Du plastique imitant le bois. Des bus imitant les tramways. Des adultes imitant les enfants. C’est le dernier cri ! Des blockhaus imitant des immeubles. Des films imitant la télé. Des trucs qui ont l’air bien construits. Top ! Des portes en carton qui ont l’air solide. Des fenêtres qui ont l’air d’avoir des vitres, et qui ne sont que des plaques de métal collées. Des ” maisons de ville ” imitant des appartements. Et il y a mieux. Des téléphones qui ” sonnent “. Des livres qui ” parlent “. Des gens à l’air heureux. Nouveau : des petites filles qui ont l’air de prostituées, des petits garçons qui ont l’air de tueurs.
N° 2413. Monde Moderne….50çents

En français:
Jimmy Corrigan, Ed Delcourt, 2002.
Quimby the Mouse, l’Association (2005)
Acme, Ed Delcourt (2007), d’où provient l’extrait.
En vente notamment à la librairie Un Regard Moderne, Paris.

 argus et io

Etienne de La Boétie:

Ce maître n’a pourtant que deux yeux, deux mains, un corps et rien de plus que n’a le dernier des habitants du nombre infini de nos villes. Ce qu’il a de plus que vous, ce sont les moyens que vous lui fournissez pour vous détruire. D’où tire-t-il les innombrables argus qui vous épient, si ce n’est de vos rangs ?

Charles Teste, son transcripteur (1836)

Argus, homme fabuleux à cent yeux, dit le dictionnaire: espion domestique. Chez plusieurs peuples, ce mot se prononce argous. Je ne me pique pas d’être étymologiste; mais, tout récemment, un journaliste, plus savant et plus malin que moi, a dit que de ce mot venait celui d’argousin, chef des forçats.

Larousse des noms propres, amélioré par nous:

Argus ou Argos le Panoptès, “celui qui voit tout”: prince argien de la mythologie grecque, géant aux cent yeux, chargé par Hera de surveiller Io, séduite par Zeus et métamorphosée en génisse. Hermès l’endort au son de sa flûte, et “tantôt prent son Bracquemard et luy trenche la teste” (Geoffroy Tory). Hera disperse les yeux d’Argus sur le plumage du paon. 

ESPIONS DOMESTIQUES

ARGOUSINS

PANOPTIQUES

VANITES.

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” De quoi Sarkozy est-il le nom ? ” Le succès du livre d’Alain Badiou en dit plus long sur l’opinion publique que le livre lui même sur son sujet. A cette question ampoulée, la réponse tiendrait en une formule : le ” transcendantal pétainiste ” et cette formule ne tient pas.

Passons rapidement sur ce transcendantal: il faut bien perpétuer une certaine fascination chez ceux qui croient savoir que la dernière réincarnation de Pythagore donne son enseignement derrière la rue Mouffetard. Au nom de cette transcendance, une sorte de psychologie trans-historique propre aux français,  Louis XVIII et Charles X deviennent des manifestations du pétainisme! Pourquoi délacer si vite ses cothurnes : Charles le Téméraire, l’évêque Cauchon, le cardinal Mazarin ne seraient-ils pas aussi un peu pétainistes sur les bords ?

Le seul intérêt du recours au pétainisme aurait été de rendre compte de l’articulation entre une idéologie passéiste, ultra-réactionnaire, et un état ” révolutionnaire “, autoritaire et technocratique. C’est cela le fascisme à la française, le régime de Vichy. A vrai dire, Sarkozy ne colle ni avec l’un, ni avec l’autre. Mais l’analyse des nouveaux régimes néo- conservateurs pose bien une question qui est celle de ce type d’articulation : par exemple, en Italie, entre Berlusconi, Fini et la Ligue du Nord, mais aussi dans l’Amérique de Bush, ou la Russie de Poutine. Les notions historiques fantaisistes de Badiou et ses conceptions pour le moins équivoques (1) lui interdisent même de sentir le sujet.

Ce fumeux pétainisme prend la place d’autre chose. Voici un régime qui pour la première fois tend à se constituer comme gouvernement ouvert du spectacle. Il n’est pas dit qu’il réussira car il n’est pas sûr que le politique ait encore la force pour un tel rôle. En revanche il apparaît clair que, pour Sarkozy, la forme nouvelle de servitude volontaire qui conviendrait à la population passe par ce type de simulacre. L’expérience est nouvelle ; non pas que les gouvernements précédents n’aient pas eux aussi opté, plus ou moins franchement, pour la société du spectacle, mais tous tenaient à leur rôle de figurants de l’état. Pour reprendre à Badiou cette excellente formule de Lacan, non seulement le pouvoir se tient, aujourd’hui, ostensiblement, au service des biens, mais il en a le goût, qu’il affiche et veut faire partager comme le résumé de la domination. Il s’ensuit nécessairement un nouveau type de tensions, la principale inconnue étant le degré d’intelligence spontanée du spectacle que la population s’est formé, en l’absence de toute opposition politique.

C’est en 68 que la société du spectacle a rencontré ses premières critiques. Le gauchisme, c’est à dire le marxisme léninisme sous ses différentes formes, a largement contribué à la relancer, en dévoyant le mouvement démocratique et en lassant ses meilleurs éléments. Il n’est pas très étonnant que Badiou, toujours nostalgique de ce dévoiement par le communisme (2), s’ingénie de nouveau, au moment où la critique du spectacle connaît un nouvel essor, à susciter un néo-gauchisme courant derrière la fiction d’un fumeux ” transcendantal pétainiste “. 

(1) On trouve chez lui une combinaison curieuse de chauvinisme (la haine des solutions venues de l’extérieur, une histoire scandée par celle du super sujet historique que serait la France), de machisme (les allusions sur les ” prétentions génétiques ” et l’absence de courage de Sarkozy) et de vulgarité qui explique peut être sa familiarité avec le sujet.

(2) On sait que Badiou est resté fier partisan de la ” révolution culturelle ” en Chine. Ce n’est pas la Chine, c’est notre monde qui produit ces ridicules.

 laisse les morts enterrer les morts

Voici la traduction (besogneuse) de quelques extraits de l’article Adventure de Totality.tv, le projet de McKenzie Wark.

Aventure

Est-ce la fin de l’aventure ? Sommes nous voués à vivre dans un monde où nos actions ne comptent pour rien, où chaque jour est semblable aux autres ? Condamnés à ne jouer que sur des terrains de jeu sécurisés, aux heures prévues pour la récréation ? A voir nos désirs d’abord contrecarrés, déformés, récupérés, nous être finalement revendus sous la forme de catalogues de voyage ou de parcs à thème ?

Reconnaître ce destin sordide et lui échapper est le premier objectif d’une théorie – et d’une pratique – situationniste.

Aucune époque n’a jamais commencé par une théorie. Les époques commencent avec un voyage, un jeu, ou une aventure. L’aventure à travers laquelle les situationnistes ont pensé le commencement de notre époque était particulièrement stimulante. Tout contester, tout défier. L’enjeu était considérable. Quelques uns devaient se perdre sur cette route, à cause du suicide, de la drogue, de la folie ou, pire, à cause d’un succès littéraire ou artistique.

Ce livre n’est pas une histoire de l’Internationale Situationniste, ni une biographie de ses principaux membres. Il ne donne pas une représentation strictement exacte de ce qu’elle a pu penser ou faire pour le meilleur (ni pour le pire). Ce livre est tourné vers le futur plus que vers le passé. Il veut libérer l’Internationale Situationniste de ses gardiens. D’autres la traitent comme un filon pour l’érudition, l’histoire de l’art, pour prendre leurs marques en politique, ou détailler sans prendre de risques leurs souvenirs pleins de ressentiment à l’égard des disparus. L’Internationale Situationniste a été embaumée par ceux là même dont elle avait prononcé l’acte de décès.

Nous nous intéressons plutôt à ce qui est toujours vivant dans la pensée et l’action situationniste. Cette critique séduisante s’est diffusée largement quoique de manière sélective : pouvons nous en visiter les ruines et en dégager quelques concepts encore vivants? Concepts qui devraient être tour à tour développés, étendus, révisés, mis à jour…appliqués ? C’est tout le projet de ce livre.(…). Son sujet, c’est la manière dont les Situationnistes peuvent informer notre façon de vivre aussi bien que notre façon de penser. Cela ne veut pas dire que les Situationnistes soient des exemples à imiter. Ils ne voulaient pas de disciples. C’est plutôt un moyen de faire retour sur certains points de passage où l’aventure peut être relancée.

Comme beaucoup de guides de voyages, ce livre décrit des terrains contrastés. A la place des montagnes et des plaines, ces terrains sont le spectacle et sa négation. Là où de nombreux guides de voyage traitent des particularités d’un lieu donné, celui ci donne les traits qualitatifs qui relient l’ensemble des espaces sous le règne du spectacle. Là où les guides de voyage branchés ne citent que les points les plus récents de loisirs et de commerce à l’intention du consommateur averti, ce livre se concentre d’abord sur des antiquités : le concept de la totalité des relations sociales, leur falsification et leur critique.

http://totality.tv/2007/10/3/about

Totality.tv est sous licence Creative Commons:

http://creativecommons.org/licenses/by-nc/3.0/
 

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McKenzie Wark, l’auteur de A Hacker Manifesto, développe Totality.tv un projet sur l’Internationale Situationniste dont nous essaierons de rendre compte.

Auteur: McKenzie Wark

Illustrations: Kevin C.Pyle

Webdesigner: Chris France

http://totality.tv/2007/10/3/about

Centre de Rétention français

Centre de rétention administrative de Cornebarrieu

Photo prise par les franciscains de Toulouse

Le Diable en France est le roman écrit par Lion Feuchtwanger à propos de son internement en 1940 par la République Française au Camp des Milles, près d’Aix.

Max Ernst qui y était aussi interné fit ce dessin, Les Apatrides

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Presque partout l’opposition politique au spectacle a disparu.

C’est maintenant le spectacle de l’opposition politique qui disparaît: la capacité à surmonter une position banale de minoritaire, l’art de se tenir dans une relation d’opposition, le goût même de s’opposer.

L’opposition politique gardait encore un peu de réalité et de logique; elle n’en gardait que le simulacre mais c’était encore trop; elle disparaît avec lui.

Nanni Moretti a critiqué le spectacle depuis Sogni di Oro, dans l’admirable Bianca, dans Journal Intime, et jusqu’au Caïman.

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Cette annonce ne pouvait laisser les opposants indifférents.

Dans une des alcôves du Centre de la Vieille Charité – lieu destiné à l’origine à abriter vagabonds et orphelins, et qui recueille aujourd’hui les poètes – se pressait un public hétéroclite et turbulent, caractéristique des milieux de l’underground informatique, au croisement des univers interlopes du réseau et d’une avant-garde artistique radicale.

De cette salle voûtée, qui en verra d’autres, montait une rumeur: un orateur s’était prononcé en faveur de la culture libre.

Extrait corrigé du journal Le Monde (article de O Zilbertin, 5 janvier 2008)